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Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 18:10

20100309DSCN9914Voilà la vieille ville de Damas, si vieille et si belle, si vieille et si vivante. Un doux vacarme, une valse virevoltante de vendeurs et de chalands sans vilenie.

 

On croirait qu’elle est faite pour minauder, sur ses rues pavées, accompagné par la musique mélodieuse des négoces marchandant. Nul malaise mercantile pour le marcheur nonchalant car ici la vie quotidienne prend le dessus et le visiteur est noyé dans la masse.

 

Dans la mosquée rutilante, jouant joyeusement, des trains d’enfants couchés glissent sur le sol brillant, quelques wagons lâchant parfois prise dans un jovial éclat de rire juvénile, sous le regard sans doute amusé de leur maman voilée. 

 Etrange pays dans lequel les femmes ressemblent parfois à des fantômes noirs en escarpins vernis. A Alep, la ville la plus conservatrice de Syrie, parfois même les yeux des femmes sont dissimulés. Que peuvent-elles bien20100318RSCN0277 voir ? Sans doute la même chose qu'un avion perdu dans un nuage de cendres volcaniques... Bizarrement, à Lattaquié, tout est différent. A croire qu’en bord de mer, le voile se dissipe ! Et à Beyrouth, il  est quasi-inexistant. Mais quelle signification peut avoir un voile parfois porté avec une jupe courte ou un jean si pres du corps ??

 

 

 Sur les devantures de certains cinémas de Damas ou d’Alep, des femmes à peine vêtues s’affichent pour attirer le client. L’un d’eux joue Swimming Pool, et la multitude de photos montre une Ludivine Sagnier pour le moins lascive en maillot de bain sexy… Dans  les clips musicaux diffusés sur les téléviseurs des nombreux et magnifiques restaurants de Syrie, les voiles ne dissimulent que les parties charnelles des splendides et langoureuses danseuses arabes qui rendraient jalouse n’importe quelle chanteuse de soupe occidentale !

 

Evidemment, tout pays est en partie défini par ses contradictions et sa diversite.

 

 

    20100311DSCN0094   Que peut bien comprendre notre esprit occidental aux diversités du Proche-Orient ? Nous dévisageons  souvent, à tort bien sûr cette région du monde comme un lieu unique, sans différences. Lorsqu’un affrontement a lieu quelquepart, personne ne met plus les pieds dans aucun de ces pays. Leurs cultures et leur histoire, tout en étant intimement liées les unes aux autres leur sont assurément propres. Des frères ennemis ne sachant souvent comment régler les problèmes qui leurs sont finalement communs. La Syrie et le Liban furent un seul et même pays pendant longtemps. Seule la geographie locale les 20100413DSCN9887differenciait. Séparées il y a un siècle, elles sont aujourd'hui bien différentes et souvent antagonistes. Jusque dans leurs villes, jusque dans la position de la femme dans la société. Le sens du divertissement étant sans doute leur point le plus commun.

 La Syrie et le Liban ont la même  histoire et les ruines qui les jalonnent sont romaines, arabes et se ressemblent. L'odeur du narghilé flotte ici et la. Lebneh, tabouleh, fatoosh, khebe, baba ganouge, hommos ; leurs mets sont quasiment les mêmes et seule leur orthographe change. Partout, les oliviers sont en fleur.

 

20100409DSCN0360 Mais Beyrouth n’est pas Damas, loin s’en faut et le caractère arabe de la première est plus difficile  à discerner que celui de la seconde. Beyrouth est la ville aux mille grues. Il est bien difficile de résumer une ville qui change si vite. Chaque matin elle se réveille avec un visage différent.

 

Lorsque l’on s’éloigne de la capitale libanaise, sur les hauteurs environnantes, la ville est un amoncellement d’immeubles plus modernes les uns que les autres et jaillit comme une ville Nord-Américaine. Lorsqu’on s’en rapproche, si quelques immeubles meurtris subsistent, si quelques immeubles traditionnels apparaissent dans quelque rue épargnée, on est frappé par ces buildings flambant-neufs ultramodernes.

 

On a tendance à croire que chaque défaut sur un mur est un impact de balle, que chaque immeuble en ruine a été démoli par un obus. Ce n’est pas toujours le cas. Les immeubles qui n’ont pas été détruits par la guerre l’ont été par une volonté de modernité irréfléchie. Si ces édifices sont pour la plupart beau, ils ont ôté à certaines parties de la ville leur caractère libanais originel. Et la ville a besoin de panneaux indiquant le caractère traditionnel d’une rue pour s’en souvenir.

 

Raser pour reconstruire à neuf est sans doute plus aisé que restaurer ou rapiécer l’existant. 20100329DSCN0317En terme d’urbanisme, ou autre. Il est assez facile de comprendre cet état d’esprit, que l’on veuille raser pour oublier et reconstruire un pays neuf. Ce n’est pas ce que désirent beaucoup de libanais. Leur vie est dans ces immeubles anciens, mais l’argent est dans les mains des élites, locales ou étrangères - saoudiens, koweitiens ou autres - et Beyrouth reconstruite selon leur volonté. Cela n’est pas oublier, mais prendre possession et dilapider.

 Nombre de livres, de pièces de théâtre sont imaginés pour qualifier ce pays de perdu, voire même de handicapé ou amnésique.  Le Liban est un pays juvénile, voire puéril dans ses actes et archaïque dans ses principes, la religion montrant ici son plus mauvais visage. Car on s’y tape dessus pour préserver ses propres intérêts alors que le seul moyen d’y arriver est justement d’arrêter de le faire. Un pays bancal difficile à cerner mais captivant. Qui n’est pas libanais peut difficilement comprendre ce qui s’y passe.

 Les enfants qui ont grandi pendant la guerre en parlent parfois avec un soupçon de nostalgie. La solidarité 20100415DSCN9975d’alors a souvent disparue, métamorphosée en un individualisme plus occidental. Ceux qui en ont connu les réminiscences des années proches semblent aussi se chercher. Leur langue même n’est souvent plus tout à fait arabe. Elle est souvent arabo-française, arabo-anglaise. Voire même, et ceux-là  atteignent le ridicule, totalement anglaise avec un accent américain très prononcé.

 

Nous avons visité, avec Agnès et Marie qui sont venu me rejoindre de France (et ont du mal à y retourner à cause d’une sombre histoire de nuage volcanique !) bien des images d’Epinal que constituent les magnifiques cèdres du Liban, souks des villes, palais de Beitedinne, village de Dar el Qamar ou vallee de  la Beeka. On est tenté d’oublier que ce pays peut exploser à tout moment, par l’extérieur ou l’intérieur.

 Casser, construire, encore casser et reconstruire, tel semble le quotidien de ce pays, alors que la Syrie parait s’épanouir plus "tranquillement" à l’ombre de sa dictature, moins moderne, mais moins désemparée peut-être.
Ces deux pays sont ceux dans lesquels je m'installerais le plus facilement. Un jour, peut-etre. Mais pour le moment, et sans doute pour fermer la parenthese, je m'en vais demain à Jerusalem. 

 A tres bientot.

 

Deux albums photos à droite.

 

Par reno - Publié dans : Moyen-Orient
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